Jean-Marie LE PEN
Jean-Marie Le Pen, né le 20 juin 1928 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), est un homme politique français d'extrême droite (ou de « droite nationale », selon sa propre expression), issu des courants poujadistes. Il est président du Front national (FN) depuis la fondation du parti.
Jean-Marie Le Pen, né Jean Marie Louis Le Pen, est le fils de Jean-Marie Le Pen, patron pêcheur, et d'Anne-Marie Hervé, couturière et fille de paysans. Toute sa famille est essentiellement originaire du département du Morbihan. Le mot pen signifie en breton « tête », d'où son surnom de « Menhir ». Jean-Marie Le Pen est pupille de la nation : le bateau où se trouvait son père aurait heurté une mine allemande en 1942.
Il est élève au collège jésuite Saint François Xavier à Vannes, puis au lycée de Lorient. Il entre ensuite à la faculté de droit de Paris. Il est diplômé d'études supérieures de sciences politiques et licencié en droit. Il a été président des étudiants en droit de Paris puis, par la suite, président d'honneur de la « Corpo », de 1949 à 1951. Alors qu'il débute en politique, il fait changer son prénom de Jean en Jean-Marie (prénom de son père), sa femme considérant que ce dernier est plus à même d'attirer l'électorat catholique. Le mémoire pour le diplôme d'études supérieures de sciences politiques, rédigé en 1971, présenté par Jean-Marie Le Pen et Jean-Loup Vincent s'intitule Le Courant anarchiste en France depuis 1945.
Il est un temps vice-président du Comité Pierre de Coubertin, et exerce les métiers de marin-pêcheur, mineur de fond, métreur d'appartements, ambulant des PTT...
De son premier mariage avec Pierrette Lalanne (née en 1935), épousée le 29 juin 1960 à Paris (VIIIe arrondissement), et dont il divorce le 18 mars 1987, il a eu trois filles (Marie-Caroline, Yann, Marine) qui lui ont donné neuf petits-enfants. La plus jeune de ses filles, Marine Le Pen, est membre du Bureau politique du Front national et l'une de ses vice-présidentes depuis avril 2003 (à la suite du Congrès de Nice). Jean-Marie Le Pen se remarie à Rueil-Malmaison le 31 mai 1991 avec Jany Paschos née en 1932, divorcée de l'homme d'affaires belge Jean Garnier et fille d'un marchand de tableaux grec et d'une mère en partie néerlandaise.
Il tient une partie de son patrimoine de la vente de la société de cimenterie Lambert, que lui lègue par testament Hubert Lambert (héritier des ciments Lambert, décédé sans enfant à l'âge de 42 ans et auteur de très nombreux articles dans diverses revues nationalistes). Cette succession donne lieu à un début de poursuites judiciaires, qui sont abandonnées après négociation avec les cousins Lambert. Cette fortune miraculeuse le met à l'abri du besoin et aide son ascension politique à la fin des années 1970. Il tirait jusque là ses revenus des éditions phonographiques SERP. Depuis, il est assujetti à l'ISF.
En janvier 1953, il organise une colonne de secours d'étudiants volontaires pour porter assistance aux populations sinistrées lors d'inondations aux Pays-Bas. Il est alors président de la Corpo Droit à Assas et un des dirigeants, contesté, de l'UNEF. Il reçoit pour cette initiative l'appui public et politique de Vincent Auriol. En 1955, il est le délégué général de l'Union de défense de la jeunesse française.
Jean-Marie Le Pen est un ancien soldat des guerres d'Indochine et d'Algérie. Il arrive en Indochine en 1955, après la fin des combats, où il sert comme officier dans le 1er Bataillon étranger parachutiste en Indochine (sous-lieutenant). Il y est, entre autres, journaliste à Caravelle, l'organe du corps expéditionnaire français (1955).
Repéré par Pierre Poujade, il est élu député de Paris en 1956 sous les couleurs de l'Union et fraternité française (UFF). À vingt-sept ans, il est le plus jeune député de l'Assemblée nationale. Il sera exclu de l'UFF en 1957. Cette même année, il devient secrétaire général du Front national des Combattants (FNC). À ce titre, il soutient la candidature d'un Français de confession musulmane, Ahmed Djebbour, qui est élu. Jean-Marie Le Pen a prétendu avoir progressivement perdu son œil gauche suite à une cataracte traumatique consécutive à une bagarre en 1958 (Jean Marcilly, Le Pen sans bandeau, 1984), mais il a changé de version depuis : il est devenu borgne, explique-t-il, suite à une maladie de l'œil.
L'année suivante, il est réélu député de Paris Ve et adhère au groupe parlementaire du Centre national des indépendants et paysans (CNI) présidé par Antoine Pinay. Il est à cette époque rapporteur du budget de la guerre à l'Assemblée nationale et de la défense au Sénat de la communauté. Il quittera par la suite les bancs de l'Assemblée nationale et se porte volontaire pour se battre pour la défense de l'Algérie française.
Quarante ans plus tard, il justifie l'usage de la torture lors de son temps de service en Algérie, contre des partisans avérés ou présumés du FLN, cette pratique étant, selon lui, nécessaire pour lutter contre le terrorisme. Il déclarait en 1962 dans un entretien accordé au journal Combat « J'ai torturé parce qu'il fallait le faire », après des propos dans le même sens tenus en 1957 à la tribune de l'Assemblée nationale et la même année lors d'un dîner consacré à la justice en Algérie. Il revient plusieurs années après sur ses déclarations et affirme n'avoir jamais lui-même pratiqué la torture.
Il participe plus tard à l'opération franco-britannique de Suez. Jean-Marie Le Pen est décoré de la Croix de la valeur militaire. Il estime que son engagement politique est fondé sur l'amour du peuple et de la patrie. Battu en 1962, Jean-Marie Le Pen crée une entreprise d'édition phonographique, la Serp (Société d'étude et de relations publiques), spécialisée dans l'édition de chants et de discours historiques. Il devient le directeur de campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat à l'élection présidentielle de 1965.
En janvier 1971, sa maison de disques (la Serp) édite un disque intitulé Le IIIe Reich. Voix et chants de la Révolution allemande, ainsi qu'entre autres les chants de l'Armée rouge ou les discours des dirigeants communistes, comme Lénine. L'un de ces disques lui vaut une condamnation en 1971 pour « apologie de crimes de guerre ». En 1972, il est appelé à présider le jeune Front national (parti créé par Ordre nouveau, afin d'élargir son champ électoral) et continue son combat pour ses idées nationalistes. Les résultats électoraux du Front national sont en hausse depuis les élections municipales de 1983, à Dreux notamment.
Jusqu'ici titulaire de scores extrêmement faibles lors des scrutins, la forte poussée électorale d'un de ses adjoints à Dreux en 1983 puis une médiatisation de son discours suite à cette percée (invitation par Europe 1, radio privée, à l'automne 1983, puis sur Antenne 2, chaîne de télévision publique, en février 1984, notamment à L'Heure de vérité) l'aide à acquérir une dimension qu'il n'avait jamais atteinte auparavant, ce qui aboutit au score national de 10,95 % de la liste qu'il conduit aux élections européennes de juin 1984 (il sera réélu en 1989, 1994, 1999 et 2004).
En 1992 et 1998, il est élu au Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il rencontre le plus de succès dans des régions comme l'est et le sud-est de la France. Ces résultats s'expliquent en partie par de nombreuses tensions sociales, liées entre autres aux tensions entre communautés d'origine maghrébine et Pieds-Noirs ; mais de forts résultats sont enregistrés dans des communes très aisées comme Cagnes-sur-mer. Fin 1998, une scission avec Bruno Mégret handicape le Front national : il perd la moitié de ses cadres et des milliers d'adhérents. Le FN chute à 6 % aux élections européennes de 1999 et n'obtient que 6 sièges.
Par un décret du 31 mars 2000, le Premier ministre constate que l'inéligibilité de Le Pen, prononcée le 17 novembre 1998 à titre de peine complémentaire par la cour d'appel de Versailles (8e chambre), met fin à son mandat de représentant au Parlement européen. Par un arrêt du 6 octobre 2000, le Conseil d'État rejette le recours de Le Pen contre ce décret. La présidente du Parlement européen ayant, le 23 octobre 2000, pris acte de la déchéance du mandat de Le Pen, Le Pen conteste la décision de la présidente devant les juridictions communautaires: il obtient d'abord le sursis à exécution de cette décision, mais ses recours au fond sont ensuite rejetés.
En 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, par l'entremise de Pierre de Bénouville, il aurait rencontré discrètement Jacques Chirac, ce que ce dernier nie depuis toujours. Les deux hommes se portent une haine notoire qui date de ce moment. Une photographie montrant Chirac et Le Pen en maillots de bain se serrant la main a été exploitée par le président du FN dans ses spots de campagne en 2002.
Lors de l'élection présidentielle de 2002, alors qu'il avait rencontré des difficultés à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se porter candidat et que son parti demeurait dans l'ombre depuis sa scission de 1998, il obtient 16,86 % des voix. Cela lui permet, non seulement en raison d'un éparpillement des voix de gauche sur un grand nombre de candidats du premier tour mais surtout du fait d'une faible mobilisation des électeurs de gauche, de participer au deuxième tour contre Jacques Chirac, qu'il perd avec 17,79 % des voix. Cette élection constitue un événement important dans la vie politique française dans la mesure où c'est la première fois qu'un candidat d'extrême droite (ou de « droite nationale ») passe le cap du premier tour à une élection présidentielle. Le traditionnel débat d'entre-deux-tours entre les deux candidats présents au second tour n'a pas eu lieu, son adversaire ayant refusé de débattre avec lui en direct sur les chaînes de télévision.
Principales propositions
Culture et communication
- Abolition de la loi DADVSI et instauration de la licence globale.
- Retour sur les réformes récentes de la langue française, notamment la féminisation des noms.
- Défense de l'exception culturelle.
- Redistribution partielle des droits de retransmission des épreuves sportives aux clubs amateurs.
Economie et emploi
- Instauration de la préférence nationale : à compétence égale, les emplois seront prioritairement réservés aux citoyens français.
- Rétablissement de droits de douane modulables pour certains produits.
- Une allocation supplémentaire de 200 euros pour les salaires jusqu'à 1,4 fois le smic, financée par transfert des cotisations salariales.
- Découpage en quatre tranches de l'impôt sur le revenu (0, 10, 15 et 20 %) ; utilisation des mêmes tranches pour l'impôt sur les successions en ligne directe.
- Découpage de l'impôt sur les sociétés en trois tranches (10, 15 et 20 %) pour les PME ; baisse à 10 % du taux d'imposition sur les plus-values d'entreprises pour les PME.
- Création d'une caisse de compensation de la dette agricole ; exonération des entreprises agricoles de toutes charges pour cinq ans.
- Renégociation par branche de la durée du temps de travail.
- Suppression de 50 % des subventions aux entreprises.
- Possibilité pour l'Etat de placer temporairement sous son contrôle direct une entreprise-clé menacée.
- Conditionner le versement du RMI à une activité.
- Soustraire la résidence principale de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).
- Instauration du service minimum dans les services publics.
Education
- Suppression progressive de la carte scolaire et du collège unique.
- Mise en place du « chèque scolaire », correspondant au coût moyen d'un élève, distribué aux parents qui peuvent ainsi financer l'école de leur choix pour leurs enfants.
- Réforme de la loi Falloux.
- Suppression des IUFM, remplacés par des centres pédagogiques régionaux.
- Obligation d'obtenir le brevet des collèges pour passer en seconde.
- Suspension des allocations familiales pour les parents d'enfants perturbateurs.
- Multiplication par quatre du nombre d'inspecteurs de l'éducation nationale ; suppression de 20 000 personnels administratifs et techniques.
- Proposer le passage du code de la route dans le programme scolaire au lycée.
- Interdiction des manifestations politiques d'étudiants ou d'enseignants pendant les heures de cours.
- Suppression des passerelles ZEP pour l'accès aux grandes écoles, au profit d'un soutien scolaire aux meilleurs élèves.
- Revalorisation du salaire des apprentis par une baisse des charges patronales.
Environnement
- Poursuite des recherches sur les OGM avec application du principe de précaution, vote d'une loi sanctuarisant le droit des paysans à réensemencer une partie de leur récolte.
- Maintien de la production d'énergie nucléaire, relance du projet de surgénérateur.
- Défiscalisation des biocarburants fabriqués en France.
- Instauration de droits de douane spécifiques pour les produits des pays ne respectant pas les normes environnementales, utilisés pour le développement des transports.
- Application du principe pollueur-payeur ; surveillance par satellite des cargos naviguant dans les eaux françaises ; interdiction des pavillons de complaisance.
- Inclure dans le prix des produits le coût de leur recyclage.
- Limitation des élevages en batterie et des expérimentations sur les animaux.
- Poursuite des créations d'autoroutes.
Europe
- Rétablissement de frontières internes à l'Union européenne ; rétablissement de la préférence communautaire.
- Suppression du monopole de la Commission européenne pour les négociations commerciales.
- Demande d'une réforme de la Banque centrale européenne pour qu'elle encourage le plein emploi ; en cas de blocage, retour au franc.
- Rejet du pacte de stabilité pour pouvoir investir dans des services publics.
- Ajout à la Constitution de l'obligation de faire un référendum avant toute modification des traités européens.
- Renforcement des coopérations ciblées au sein d'une Europe des nations allant de Brest à Vladivostok.
- Refus de la coopération policière au sein d'Europol, police supranationale, au profit d'Interpol ; refus du mandat d'arrêt européen.
Famille et logement
- Création d'un revenu parental : un smic pendant trois ans pour les deux premiers enfants, pendant dix ans pour le troisième.
- Une part fiscale sera accordée dès le premier enfant.
- Promotion de l'adoption prénatale. Inscription dans la Constitution du caractère sacré de la vie.
- Les allocations familiales seront réservées aux familles française, revalorisées et indexées sur le coût de la vie.
- Création d'une carte France-famille à partir du deuxième enfant, donnant droit à des réductions dans les transports et les lieux culturels ou sportifs.
- Priorité accordée aux citoyens français pour les logements sociaux.
- Création d'un prêt familial au logement, garanti par l'Etat.
- Toute location de logement sera soumise à un contrôle vérifiant l'habitabilité du logement et le montant du loyer.
Immigration et intégration
- Expulsion des sans-papiers.
- Rétablissement de la double peine.
- Suppression des aides sociales pour les étrangers.
- Suppression de la double nationalité et de l'acquisition automatique de la nationalité française.
- Suppression du regroupement familial.
- Réduction de la carte de séjour de dix à trois ans.
- Suppression de la discrimination positive.
- Fermeture des mosquées salafistes et tabligh.
- Allégement du prix du transport aérien entre la métropole et l'outre-mer.
Institutions et réforme de l'Etat
- Instauration du vote à la proportionnelle intégrale aux élections européennes, nationales, régionales, départementales, municipales, professionnelles et sociales.
- Inscription dans le préambule de la Constitution du principe de préférence nationale.
- Un seul mandat de sept ans pour le président de la République.
- Mise en place d'une « République référendaire » : toutes les grandes réformes seront soumises à référendum.
- Incompatibilité d'une fonction politique et d'un emploi de fonctionnaire.
- Recrutement de salariés du privé âgés de plus de 45 ans dans la fonction publique.
- Réorganisation de la fonction publique en trois corps (civil, militaire et police) pour faciliter la mobilité des fonctionnaires.
- Non-remplacement d'une partie des départs à la retraite dans la fonction publique.
- Suppression de l'ENA.
Justice et sécurité
- Rétablissement de la peine de mort pour les crimes les plus graves.
- Ouverture de 75 000 places de prison ; création de structures différentes pour les petits et gros délinquants.
- Revalorisation des salaires et des retraites des gardiens de prison.
- Recrutement de 5 000 magistrats.
- Suppression des syndicats de magistrats.
- Application du principe de la tolérance zéro ; développement des peines incompressibles.
- Vote d'une loi punissant de prison ferme les hommes politiques reconnus coupables de corruption ou d'enrichissement personnel.
- Etablissement d'une présomption de légitime défense pour les policiers.
- Sévérité accrue pour les auteurs de violences contre les forces de l'ordre.
- Abaissement de l'âge de la responsabilité légale à 10, 13 et 15 ans.
Politique étrangère et défense
- Sortie de l'OTAN.
- Augmentation du budget de la défense de 1,8 à 2,6 % du PIB.
- Recrutement de 70 000 soldats supplémentaires.
- Création de deux groupes de porte-avions, construction d'avions gros porteurs.
- Création d'un service militaire volontaire de six mois.
- Rupture avec la politique américaine de confrontation avec le monde musulman.
- Soutien à des négociations entre Israël, la Palestine, la Syrie et l'Iran.
- Refus du droit d'ingérence de l'ONU ; respect du principe de souveraineté des Etats.
- Soumettre les aides au développement à la coopération des pays en matière d'immigration.
Santé et retraites
- Retraite à 65 ans avec 40 annuités, possibilité de continuer à travailler au-delà.
- Alignement des régimes spéciaux sur le régime général.
- Alignement du niveau des retraites des agriculteurs sur le niveau moyen des Français.
- Forte politique nataliste pour financer les retraites.
- Pension de réversion portée à 60 % de la retraite réelle du conjoint décédé.
- Revalorisation des retraites selon l'indice d'évolution des salaires.
- Revalorisation des pensions des anciens combattants.
- Abandon du numerus clausus en faculté de médecine.
- Interdiction du clonage, des recherches sur embryon et de l'euthanasie médicalement assistée.
- Création de 12 000 places en hospitalisation à domicile.
- Instauration d'un dépistage obligatoire du sida pour le personnel soignant, lors de l'examen prénuptial et pour les victimes de viol.
Précédentes candidatures
En 2002, Jean-Marie Le Pen recueille 16,9 % des voix. Devançant le candidat socialiste Lionel Jospin, il affronte au second tour Jacques Chirac, il obtient 17,8 % des voix.
En 1995, il obtient 15 % des voix.
En 1988, il obtient 14,4 % des voix.
En 1974, il obtient 0,7 % des voix.
Site officiel
Bibliographie
- Les Français d'abord, Carrère
- La France est de retour, Carrère
- Pour la France, Albatros.